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Pablo Rodriguez a pris la décision de quitter son poste de chef du Parti libéral du Québec.

17/12/2025 | Le Devoir

Ayant perdu la confiance de son propre caucus, Pablo Rodriguez a annoncé mercredi à ses équipes qu’il quittait ses fonctions de chef du Parti libéral du Québec (PLQ), six mois seulement après son arrivée en poste. Ses anciens adversaires, eux, sont sollicités de toutes parts pour reprendre les rênes du parti à l’issue d’une course que les libéraux espèrent rapide, à moins de dix mois de l’échéance électorale.

Le Devoir avait rapporté en matinée que M. Rodriguez avait l’intention de démissionner, sur la base d’informations fournies par trois sources. En après-midi, le chef a confirmé à ses députés qu’il quittait bel et bien son poste. Il doit s’adresser aux médias jeudi.

Les tuiles et les révélations embarrassantes sur sa campagne à la chefferie se succédaient depuis des semaines. « C’est impossible de changer le narratif », a confié au Devoir mardi matin un proche du chef. Un autre jugeait la situation cruelle, mais inévitable dans le contexte.

Selon nos informations, M. Rodriguez espérait encore renverser la vapeur vendredi dernier, au moment de la clôture des travaux parlementaires. Mais les plus récentes révélations au sujet de sa campagne à la chefferie, parues mardi dans Le Journal de Montréal, lui ont fait comprendre qu’il devait désormais faire passer les intérêts du parti en premier, ont relaté des libéraux.

Le chef aurait donc pris sa décision mardi, après avoir discuté avec des membres de sa garde rapprochée. Sous le couvert de l’anonymat, des libéraux ont expliqué au Devoir que la situation dans laquelle se trouve leur chef apparaissait insurmontable. Son manque de leadership et sa faible connaissance des dossiers en politique québécoise irritaient, de surcroît, des membres de son propre caucus.

Le caucus du « bye bye »

Une réunion avec ses députés, d’abord prévue en matinée, a été déplacée à 14 h mercredi. Ce sera la rencontre du « bye bye », avait prédit un libéral, qui soutenait que M. Rodriguez avait perdu la quasi-totalité de ses appuis au caucus. Les heures suivantes lui ont donné raison.

Pour se trouver un nouveau chef, le PLQ pourrait en théorie agir rapidement, sans passer par une course, en vertu d’un nouveau règlement adopté au conseil général du mois d’octobre dernier. Mais cette avenue aurait été écartée. Selon nos informations, les instances du parti vont privilégier une course rapide et plus courte que la dernière, qui s’était étirée sur cinq mois.

Arrivé deuxième au fil d’arrivée, Charles Milliard a écrit sur les réseaux sociaux mercredi que « l’heure des grands changements a sonné » au Parti libéral du Québec. « La suite est maintenant entre les mains des instances du PLQ. J’attendrai de prendre connaissance des choix de la direction du parti avant de prendre mes propres décisions », a-t-il ajouté, non sans noter la « décision courageuse » prise par le chef démissionnaire « dans l’intérêt supérieur du parti ». Pablo Rodriguez avait remporté la chefferie libérale au deuxième tour avec 52,3 % des voix, finissant tout juste devant M. Milliard, qui avait eu l’appui de 47,7 % des militants.

La députée Marwah Rizqy s’est elle aussi exprimée publiquement. « Aujourd’hui, certains médias évoquent mon nom en tant que candidate potentielle à la chefferie du Parti libéral du Québec. Je tiens à réaffirmer fermement que je n’avais pas cette intention, que je ne l’ai pas aujourd’hui et que je ne l’aurai pas non plus dans les prochaines semaines et/ou mois », a-t-elle écrit sur Facebook.

Mme Rizqy a dit faire l’objet d’une « poursuite bâillon d’un demi-million de dollars ». Elle fait référence à la poursuite intentée par son ex-cheffe de cabinet Geneviève Hinse pour atteinte « à son honneur, sa dignité, son intégrité et sa réputation ». Le congédiement de Mme Hinse par Mme Rizqy, le 17 novembre, a marqué le début de la crise au PLQ. Cela, bien qu’on ignore toujours si ce renvoi pour « faute grave » a quoi que ce soit à voir avec les allégations entourant la course à la chefferie de M. Rodriguez.

Arrivé troisième dans la course à la chefferie, Karl Blackburn a réservé ses commentaires. À RDI, la semaine dernière, il avait dit recevoir « beaucoup d’appels ». « Il est clair que, s’il y a six mois, je pensais que je pouvais devenir le chef du Parti libéral et le premier ministre du Québec, six mois plus tard, je le pense encore », avait-il aussi affirmé.

Un autre candidat de la dernière course, Marc Bélanger, n’a pas voulu s’exprimer publiquement mercredi, mais il n’exclut pas de tenter sa chance de nouveau, selon son porte-parole, Kim Leclerc. « Je suis très ouvert à devenir le prochain chef », a pour sa part déclaré l’ex-candidat Mario Roy. Il préférerait, par contre, que le nouveau chef soit simplement nommé, et donc que le parti passe outre à la course.

La pression montait

M. Rodriguez était sous pression depuis des semaines. Des ex-ministres libéraux et des militants lui avaient demandé de démissionner au cours des derniers jours. La semaine dernière, le député Monsef Derraji n’a pas répondu aux questions des journalistes qui lui demandaient si son chef pouvait rester en poste. Son collègue Enrico Ciccone, lui, a dit « comprendre » les appels à la démission lancés par les contestataires. La Commission-Jeunesse du PLQ a aussi refusé de soutenir le chef Rodriguez en signant une lettre d’appui qui circule au sein du parti.

Mardi, Le Journal de Montréal a révélé que des donateurs à la campagne de M. Rodriguez avaient reçu des enveloppes contenant 500 $ en argent de la part de l’homme d’affaires Emanuel Cabral — qui n’était pas nommé dans le texte initial.

Au Devoir, l’avocat de M. Cabral, Mario Proulx, a déclaré que ce dernier avait remis ces sommes pour dépanner des militants qui avaient « oublié leur argent », et qui allaient par la suite les lui rembourser. Au Journal de Montréal, M. Cabral avait plutôt dit, sous le couvert de l’anonymat : « Je suis chez nous, j’ai le droit de faire ce que je veux. »

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