
Tout juste nommé ministre fédéral des Langues officielles, Marc Miller se dit « tanné » du débat sur le déclin du français, qu’il considère comme étant trop politisé.
« Comme Québécois, je suis assez tanné de ce débat qui est généralement identitaire et électoraliste », a lâché le ministre montréalais mardi matin, à son arrivée à la réunion du cabinet fédéral.
Le nouveau ministre a refusé de parler d’un déclin global du français au Québec, évoquant plutôt un déclin « à certains égards ». « Ce que je refuse, c’est ce catéchisme que veulent certains partis politiques pour dire que le français est en recul total. La réalité, c’est qu’il y a des bonnes nouvelles depuis plusieurs décennies grâce à la loi 101 et grâce à l’Entente Canada-Québec, qui a donné la main à l’immigration francophone au Québec », a-t-il avancé à son deuxième jour en poste.
Ce n’est pas la première fois que le ministre Miller évite de dire que le français est en recul au Québec. Lorsqu’il occupait le poste de ministre fédéral de l’Immigration, il avait plutôt insisté pour le qualifier comme étant « menacé ».
La députée dans la circonscription montréalaise de Notre-Dame-de-Grâce–Westmount, Anna Gainey, avait elle aussi refusé mordicus de dire si elle croyait que le français est en déclin au Québec, en 2023.
Marc Miller a effectué un retour dans le cabinet lundi comme ministre de la Culture et de l’Identité canadienne, à la suite de la démission de son collègue Steven Guilbeault. Ce dernier a claqué la porte du cabinet jeudi dernier, en protestation contre un protocole d’entente conclu entre Ottawa et l’Alberta pour un nouvel oléoduc.
Réactions politiques
Les propos du nouveau ministre des Langues officielles ont provoqué de vives réactions à la période des questions mardi après-midi. Le premier ministre Mark Carney a complètement esquivé la question du chef de l’opposition, Pierre Poilievre, qui voulait savoir pourquoi il avait nommé quelqu’un « tanné » de défendre la langue française.
« On va défendre la langue française avec les plus grands investissements dans le secteur culturel de l’histoire du Canada », lui a répondu le chef libéral.
Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a quant à lui déploré que le ministre montréalais n’ait « aucune lecture » de la réalité québécoise. « Une préoccupation fondamentale des Québécois […], c’est le recul clairement observable du français, dont [dans sa propre circonscription]. Il ne peut pas dire que ça l’intéresse pas », a-t-il déclaré, peu avant la période des questions.
Interpellé à plusieurs reprises, le ministre Miller a assuré qu’il défendrait la langue française « jusqu’à la fin de [ses] jours ». « Ce que je déplore, c’est cette politisation de notre belle langue », a-t-il lâché sous les applaudissements de ses collègues.
Les propos de Marc Miller ont également suscité la colère à Québec. Le premier ministre, François Legault, n’a pas mâché ses mots à l’endroit du ministre québécois.
« Quelle honte ! Mark Miller, c’est une honte pour tous les Québécois ! » a-t-il lancé à l’Assemblée nationale.
« Je ne sais pas comment il va faire pour se présenter dans une activité culturelle au Québec après avoir dit des conneries comme ça », a-t-il ajouté.
Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, ne l’a pas non plus épargné, qualifiant Marc Miller de « gars » ayant « travaillé très fort contre le Québec dans plusieurs dossiers ». Ce dernier a notamment occupé le poste de ministre de l’Immigration sous le gouvernement Trudeau de 2023 à 2025.
Plusieurs indicateurs en déclin
Questionné en mêlée de presse sur ce qu’il entendait par un déclin « à certains égards », Marc Miller a précisé qu’il ne concernait que certains indicateurs, notamment l’usage du français à la maison et au travail, qui sont en recul « de manière statistique ».
Le français reste la langue la plus parlée à la maison au Québec, mais sa part a reculé de 1,9 point entre 2016 et2021, selon un rapport de 2024 de l’Office québécois de la langue française. Sur l’île de Montréal, la proportion de personnes parlant principalement français à la maison est passée de 53,8 % à 51,2 %.
Au travail, la part d’employés utilisant le français comme langue principale a également diminué depuis 2016.
Le député de Ville-Marie–Le Sud-Ouest–Île-des-Soeurs était relégué aux arrière-bans depuis l’élection du nouveau gouvernement de Mark Carney. Avant de retrouver le cabinet, il n’avait pris la parole qu’une seule fois en Chambre depuis le début de la session parlementaire pour souligner le record de longévité du député bloquiste Louis Plamondon.
Avec Boris Proulx, Marie-Michèle Sioui et François Carabin

