
L’ambitieux chantier visant à sécuriser la piste cyclable du pont Jacques-Cartier, entre Montréal et Longueuil, est repoussé au moment du remplacement du tablier du pont, dans 30 ans, en 2055. D’ici là, le gouvernement fédéral, propriétaire de cet ouvrage presque centenaire, envisage des travaux mineurs visant à améliorer la sécurité des cyclistes et des piétons, a appris Le Devoir.
Cette voie cyclable de 3,4 kilomètres est l’une des plus périlleuses en ville : deux collisions mortelles impliquant des cyclistes sont survenues dans les dernières années sur cette piste étroite, en pente et jalonnée de courbes serrées. Cinq barrières forçant les cyclistes à ralentir entraînent aussi des chutes.
L’agence fédérale Ponts Jacques Cartier et Champlain inc. (PJCCI) a mené des études exhaustives durant trois ans, entre les années 2020 et 2023, pour déterminer les meilleures façons de bonifier les transports actifs sur cette voie où cohabitent piétons et cyclistes, a rapporté récemment Le Devoir.
Les scénarios les plus ambitieux ont été envisagés par des ingénieurs et des architectes : l’élargissement de la piste multifonctionnelle, la construction d’une passerelle qui surplomberait l’intersection de l’île Sainte-Hélène, l’aménagement d’une piste cyclable sous le tablier du pont, et même l’élimination d’une voie de circulation automobile pour faire rouler les vélos, ont été imaginés.
« Statu quo amélioré »
La société responsable de la gestion du pont a toutefois mis de côté ces ambitieux projets pour une question de coûts : la facture des travaux est estimée entre 277 millions et 340 millions de dollars. La transformation de la piste cyclable est reportée au moment où le tablier du pont devra être remplacé, aux alentours de 2055, indique PJCCI.
L’agence fédérale étudie entre-temps des façons d’améliorer la piste cyclable à un coût raisonnable, sans toucher à la structure du pont, indiquent des documents obtenus grâce à la Loi sur l’accès à l’information.
« Un scénario s’apparentant au “statu quo amélioré” est actuellement envisagé », confirme la société fédérale dans un courriel au Devoir.
« Des études préliminaires sont en cours afin d’analyser le comportement des cyclistes et autres usagers de la piste multifonctionnelle du pont Jacques-Cartier. En accord avec la mission de PJCCI, ces études visent à identifier des améliorations locales qui pourraient être apportées en vue de bonifier l’expérience et la sécurité des usagers des transports actifs, tout en maintenant la configuration actuelle du pont. Ce scénario permettrait d’optimiser l’infrastructure en place sans recourir à des modifications majeures, en attendant les travaux de remplacement du tablier prévus à plus long terme », précise PJCCI.
Défis de cohabitation
Quels travaux sont envisagés en vertu de ce « statu quo amélioré » ? Un document détaillant ces mesures a été remis au Devoir presque entièrement caviardé. Des centaines de pages d’analyses rendues publiques par PJCCI, ainsi que des témoignages d’usagers de la piste cyclable recueillis par Le Devoir, permettent d’identifier les améliorations les plus pressantes à apporter.
« La configuration de la piste montre plus que jamais ses limites », observe François Démontagne, porte-parole de l’Association des piétons et cyclistes du pont Jacques-Cartier.
Il est extrêmement déçu du report à 2055 des travaux d’amélioration de la piste cyclable, surtout que l’achalandage est appelé à augmenter considérablement à la suite des développements immobiliers prévus des deux côtés du pont.
François Démontagne remarque que la fréquentation de cette voie a explosé au cours des dernières années. L’expansion de Bixi, notamment des vélos à assistance électrique, amène un nombre considérable de cyclistes sur le pont Jacques-Cartier. L’usage de la trottinette électrique est aussi en forte augmentation.
Les touristes sont aussi très nombreux à emprunter à pied la piste multifonctionnelle pour se rendre au parc Jean-Drapeau ou pour observer la ville à partir du pont. La cohabitation entre piétons et cyclistes devient hasardeuse pendant la haute saison touristique sur cette piste extrêmement étroite, d’une largeur d’à peine 2,5 mètres, loin du minimum de 4 mètres prôné par les normes de conception de ce type d’infrastructure.
Des irritants à corriger
L’élargissement de la piste paraît essentiel dans ces conditions, mais l’agence fédérale ne l’envisage pas avant 2055. L’Association des piétons et cyclistes du pont Jacques-Cartier estime qu’un des irritants majeurs est la présence des chicanes, ces doubles barrières qui obligent les vélos à ralentir dans les pentes.
Les collisions, parfois violentes, sont fréquentes entre des cyclistes et ces barrières de sécurité, souligne François Démontagne. L’éclairage pourrait être amélioré, entre autres près des chicanes, dont certaines sont difficilement visibles pour les cyclistes.
Les courbes serrées sont un autre lieu de danger, selon l’Association des piétons et cyclistes. Une des collisions mortelles entre vélos est survenue de nuit dans la courbe située du côté montréalais du pont.
L’intersection entre la piste multifonctionnelle et la rampe d’accès à l’île Sainte-Hélène est un autre point de friction entre les automobilistes et les usagers les plus vulnérables. Ce n’est pas pour rien que les plans de PJCCI prévoient la construction d’une passerelle pour piétons et cyclistes à cet endroit. La passerelle aurait aussi pour effet d’aplanir les pentes qui mènent vers cette intersection, ce qui augmenterait le confort des gens à pied ou à vélo.
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