
L’ancien membre du Front de libération du Québec (FLQ) Pierre-Paul Geoffroy est décédé des suites d’une pneumonie samedi, à l’âge de 81 ans. Le militant indépendantiste avait été condamné à 124 peines d’emprisonnement à vie en 1969 pour une trentaine d’attentats à la bombe.
Originaire de Berthierville, Pierre-Paul Geoffroy étudie à l’Institut des arts graphiques de Montréal pour apprendre le métier d’imprimeur. Il entre ensuite au collège Sainte-Marie, où il plonge dans le militantisme en marge de ses études en sciences politiques. Geoffroy se radicalise en février 1968 après avoir été tabassé par des policiers lors d’une manifestation en appui aux grévistes de l’usine d’embouteillage de Seven-Up, à Ville Mont-Royal.
Avec une poignée de camarades, Pierre-Paul Geoffroy fonde le Front de libération des travailleurs du Québec, qui revendiquera ensuite son affiliation au FLQ pour des questions de visibilité. En moins d’un an, ce groupe posera une trentaine de bombes dans des entreprises embourbées dans des conflits de travail.
Ce que l’on appellera le « réseau Geoffroy » compte deux cellules actives. Pierre-Paul Geoffroy dirige la première, tandis que la seconde est placée sous le leadership de Normand Roy, qui se fera connaître sous le pseudonyme de Selim après un passage médiatisé dans un camp de fedayins palestiniens en 1970.
Superbombe
Emporté dans une spirale inflationniste, le réseau Geoffroy augmente la cadence et la puissance de ses bombes constituées d’un assemblage de bâtons de dynamite reliés à des piles électriques activées par des cadrans bon marché, les Silver Bell de Westclox. Un coup de téléphone suit la pose de chaque engin afin de permettre l’évacuation des lieux avant que la grande aiguille du cadran ne touche le détonateur.
Cette procédure de sécurité est plutôt hasardeuse. En témoigne l’attentat du 13 février 1969 à la Bourse de Montréal, qui a fait vingt-sept blessés, dont trois grièvement, l’appel à la bombe n’ayant pas été pris au sérieux. Selon la rumeur circulant à l’époque, l’engin était si puissant qu’il aurait pu entraîner l’effondrement de la tour de 47 étages s’il avait été placé près de son pilier central par Geoffroy.
Les enquêteurs redoublent d’ardeur pour démasquer les coupables. C’est toutefois par le simple appel d’une citoyenne dérangée par le va-et-vient des visiteurs de son voisin que les policiers retrouvent Geoffroy le 4 mars 1969, au 3775, rue Saint-Dominique. Ils y découvrent plus de 200 bâtons de dynamite dans deux grosses malles, une centaine de détonateurs, deux bombes en attente d’être amorcées et une affiche du Che collée au mur.
Le jeune homme de 24 ans plaide coupable pour couvrir ses complices, qui prennent la fuite pour New York avant de rejoindre Cuba pour les uns et l’Algérie pour les autres. « Ce qui frappe le plus dans son cas, c’est qu’il ait assumé à lui seul toute une série d’attentats », observe en entrevue Louis Fournier, l’historien du FLQ.
Ce refus de collaborer avec la police lui vaut une sentence de 124 peines d’emprisonnement à vie, un record du Commonwealth britannique. « J’ai plaidé coupable parce que j’étais fier de ce qu’on avait fait », relatait Geoffroy en 2020 dans la série documentaire Le dernier Felquiste. « Quand je suis entré dans la cellule, j’ai réalisé… 124 fois à vie, je ne sortirai jamais ! »
La sévérité du juge Fabien va alimenter la radicalisation du FLQ, qui délaissera bientôt les attentats à la bombe pour les enlèvements visant à obtenir la libération des « prisonniers politiques », à commencer par Geoffroy.
Liberté
Pierre-Paul Geoffroy est incarcéré pendant 12 ans, jusqu’au 15 février 1981. De retour à la vie civile, il dirige d’abord une galerie d’art exposant les œuvres d’anciens détenus. Il devient ensuite le directeur adjoint de la maison Tangente, qui vient en aide aux jeunes itinérants de Montréal.
Geoffroy, qui s’était établi dans la région de Terrebonne pendant une vingtaine d’années, ne parlait jamais de son passé carcéral. « Il était devenu très doux, plutôt renfermé », explique sa belle-sœur Jeannette Garcia au Devoir. « Je ne sais pas ce qui s’est passé en prison, mais il ne voulait pas en parler du tout. »
L’ancien felquiste était plus volubile lorsqu’il était interrogé sur ses actions révolutionnaires par les membres de sa famille élargie. « Mais de lui-même, il n’en parlait pas », note Jeannette Garcia.
Souffrant d’emphysème, Pierre-Paul Geoffroy a été emporté par une pneumonie après trois semaines d’hospitalisation.
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